Contre Son Camp Rien à foot

Le chemin difficile des migrants

Dr Cevan Bommel |  1 décembre 2015

Les noms seront modifiés pour protéger l’identité de ces migrants victimes 

 

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L’Allemagne a accueilli le petit Franky R., migrant difficile, et l’a aidé à devenir un grand homme

Rêves de sunlights

Après avoir quitté leur pays d’origine – l’Afrique, l’Europe centrale  … les migrants tentent le grand saut dans la Manche, qu’ils se mettent souvent dans l'œil. Ils s’embarquent dans des structures de fortune, tel les clubs français. Les nombres sont faramineux. Leur destination paradisiaque, l’Angleterre, ou  l’Espagne, l’Allemagne, voire l’Italie.

Le trajet n'est pas nouveau mais il est de plus en plus prisé. L’écart se creuse entre ces top championnats et le reste du monde. Le départ se fait souvent dans des championnats mineurs, puis le chemin les amènent forcément à une étape dans un des championnats tremplins, que ce soit la Turquie, les Pays-Bas, la Belgique, la France ou le Portugal.

Il est dur de ne pas finir noyé dans la mer d’autres joueurs de ces championnats-ci. Certains sont plus difficiles que l’autre, peut-être plus trampolines que tremplins. En effet, c’est drôle au début quand on monte dessus, puis rapidement un peu ennuyeux, et on risque surtout de se casser la figure. Si vous ne montrez pas beaucoup de talent aux caméras, ou du moins suffisamment pour surnager dans ces purges footballistiques, vous pouvez y rester coincés quelques années, voire une carrière entière. Ou sont passés Albin Ebondo et Lucien Aubey, les latéraux toulousains aux portes de l’EDF en 2008 ?

 

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Des publics qui n’accueillent pas mais sifflent, conspuent, effraient les migrants. Pour éviter cela, signez à Louis II

 Parfois la noyade dans les petites divisions

Le mythe Xavier Gravecuir, migrant avant l’heure, a passé sa carrière sur les routes pour faire 7 matchs en Angleterre : Nantes, Pau, Saint-Seurin, Laval, Caen, Paris, Strasbourg, Guingamp, l’OM, Montpellier, re-PSG, enfin Watford ! Puis retour en France avec Le Havre, l’ASM, Caen de nouveau, l’ACA, Istres, puis Sion. Il aura connu de nombreux pays, la France, la Suisse, Monaco, l’Alsace et la Corse sans se faire une place au soleil. Dur.

Ce sont parfois des situations structurelles et sanitaire catastrophique que l’on retrouve tout au long du périple. Certains lieux sont inamicaux, comme Strasbourg ou une banderole « Migrants raus » (les migrants dehors) était accrochée en tribune. Le public voulait peut-être des joueurs seulement alsaciens pour aider leur équipe nationale. D’autres structures tanguent beaucoup, et vous pouvez sombrer avec elle. Le Mans, Grenoble, Istres, Arles-Avignon, Strasbourg ont coulé emportant avec eux dans les tréfonds du football local certains migrants rêvant de briller en L1 et d’aller dans les grands championnats et leurs projecteurs Stegen.

 

Cul-de-jatte

Avec Georges Mendes, il a signé à Chelsea

Blessures cruelles, coachs bizarres, clubs tyrans 

Pour un migrant, il faut à tout prix éviter les blessures, certaines peuvent détruire une carrière. Julien Quercia « like » this. Bon, avec une blessure mal remise, et un bon agent, tu peux quand même arriver dans le nirvana anglais, et continuer de jouer comme le fantôme du joueur que tu étais, hein Falchaos. Mais cela tient plus de l’escroquerie humanitaire que de la chance. Il faut aussi guetter les coachs bizarres qui vous éloigneraient des caméras. Il y a quelques années, à Paris, un certain Ronalshirley aurait pu être oublié sur le banc avec Luis F., qui ne le trouvait pas très discipliné.

Difficulté supplémentaire, dans chacun de ces pays, il faut braver l'accueil des joueurs locaux qui voient arriver de la concurrence sur le chemin de l’Eldorado. Et même certains clubs tentent de stopper les migrants, en les gardant un peu plus, pour exister dans leurs championnats locaux. C’est cruel et égoïste vis-à-vis de ces pauvres migrants-joueurs. Ainsi, Wissam Beignet d’Heure est un otage, tyrannisé par son président qui refuse de le donner à un petit paradis anglais. Il faut alors faire attention aux contrats qui lient les joueurs à eux pour pouvoir continuer le voyage vers un avenir plus glorieux. Tant de clôtures qui peuvent se dresser entre un joueur et un destin de diamant …

Sur le trajet, il faut parfois traiter avec des bandes criminelles, les mafias qui, souvent, kidnappent et rackettent les étrangers. On appelle ces passeurs des agents. Certains sont honnêtes. Certains. Ils vous promettent le billet magique pour l’Angleterre ou le FC Barcelone. Malheureusement vous vous retrouverez à Moscou puis à Lyon, voire escroqué par d’autres migrants, a témoigné Matthieu Montbueno récemment.

Des espoirs déçus, des échecs

De plus il faut survivre à la jungle de ces paradis dorés. Georges Paul N-taupe, Gael Gipart, Jimmy Sombre, Julien Vraibert, Remi Camocha et bien d’autres sont vite rentrés dans leur pays d’origine la queue entre les jambes.

Ces migrants, une fois arrivés dans les pays désirés, sont parfois divisés, les familles déchirées. Le pauvre Jordan A. et son frère André, sont séparés dans deux équipes différentes et sont obligés de lutter l’un contre l’autre. Le paradis se transforme en fratricide.

La vie de footballeurs est si cruelle. Coté français, une réponse du syndicat des clubs de Ligue, qui semble totalement inadapté face à l'ampleur de la crise, est attendue.

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